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La construction, un monde d’hommes? 
Plus vraiment. Caroline Marceau, une pionnière dans son domaine. 

par | 23/12/2020 | Article de blogue

Pendant longtemps, le domaine de la construction était considéré comme étant réservé aux hommes.  Rares étaient les opportunités pour une femme d’œuvrer dans ce domaine. Inutile de remonter bien loin pour en faire le constat, 15-20 ans suffisent. Caroline Marceau, présidente et fondatrice de l’entreprise Elenco-Réseau de construction est bien aux faits de cette réalité. Néanmoins, elle m’assure que les choses ont bien changé dans les deux dernières décennies :

« Quand je suis sortie de l’école, ce n’était pas la même game. Je suis sortie seule fille de mon cours d’estimation et on était moins bienvenue.  (…) J’avais intérêt à ne pas poser des questions niaiseuses parce que je me le faisais dire. »

« C’est en train de changer pour le mieux. Il y a de plus en plus de filles estimatrices. Dans les dernières cohortes, ils finissent moitié-moitié gars-filles. »

 

D’estimatrice à présidente de son entreprise

Caroline a travaillé pendant longtemps pour des entrepreneurs généraux à faire de l’estimation, mais aussi des demandes de prix et des appels d’offres auprès de sous-traitants. Il y a quelques années, elle travaillait pour un très gros entrepreneur général de la région de Québec. Son employeur a décidé de procéder à la réingénierie de tous ses processus. Plusieurs équipes ont été mises en place et Caroline est devenue la spécialiste des processus d’estimation.

« Pendant 1 an, j’ai arrêté complètement de faire de l’estimation et j’ai revu l’ensemble des processus dans l’entreprise, de l’instant où on reçoit une demande de prix jusqu’au moment où on l’a déposé. »

Au bout de cette année, seul un processus demeurait inchangé, sans amélioration :

« Pour la gestion des demandes de prix on avait décidé de garder notre vieille façon de faire parce qu’il n’y avait rien d’intéressant sur le marché à ce moment-là. Il aurait fallu développer quelque chose complètement donc on s’est trouvé une stratégie homemade qui palliait ce problème de gestion des demandes de prix. »

 

Un éclair de génie

Caroline me confie qu’elle a toujours été de type intrapreneure. C’est probablement pour cette raison qu’on lui avait confié le mandat de revoir les processus d’estimation.

« Moi les idées ça fuse tout le temps. Des fois, je suis assise dans mon salon et je fais n’importe quoi, puis là je fais comme Oh mon Dieu je viens d’avoir une idée géniale. »

Un jour, alors qu’elle lisait un livre tranquillement, elle a eu un éclair de génie :

« Je me suis dit Ah seigneur c’est ça que je fais! Je vais créer le logiciel dont on a besoin, je vais créer le logiciel de gestion des appels d’offres. Je sais qu’il nous manque ça dans le domaine et que même moi comme estimatrice j’aurais besoin de cet outil-là pour être encore plus efficiente. »

Pleine de naïveté, Caroline a donc entamé les démarches pour partir son entreprise et lancer le premier logiciel spécialisé en appel d’offres au Québec.

« J’ai lancé une entreprise. Je n’avais ni répertoire, ni logiciel. Rien à vendre. J’avais moi et mes idées. »

 

De salariée à gestionnaire d’une entreprise

On s’en doute, passer d’employée salariée à gestionnaire d’une entreprise représente tout un défi en soi. Au moment où Caroline a décidé de se lancer en affaires, elle était déjà estimatrice depuis de nombreuses années et experte dans son domaine. Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée devant le néant. Elle me dit que c’est sa persévérance qui lui a permis d’avancer, une étape à la fois :

« Moi, je suis une bonne estimatrice en construction. Je sais quoi faire et je connais ça. L’entrepreneuriat, je n’y connaissais rien et il y a énormément de choses à apprendre. En fait, quand je pense que je sais beaucoup de choses, je ne sais encore rien. Ce que je pense savoir aujourd’hui, je sais que dans 3 ans je vais me demander comment j’ai fait avec si peu de connaissances. Ce sont des rivières d’information à avaler. Il faut apprendre la comptabilité, la gestion, payer des factures, payer des employés, engager du monde… »

Quand je demande à Caroline ce que ça prend pour être entrepreneure, elle me répond le sourire aux lèvres :

« Ça prend autant de naïveté que de persévérance. Si tu voyais la montagne d’avance, d’après-moi tu revires de bord. Sérieusement, les occasions d’abandonner et de retourner salariée, il y en a une puis une autre. Ça prend aussi beaucoup de résilience, de naïveté et de persévérance. Avec ça tu commences à être un pas pire entrepreneur. »

 

Un grand saut qui rapporte au niveau personnel

Bien que les défis ne se soient pas fait attendre, Caroline ne regrette pas son choix. Elle vit une expérience qu’elle n’aurait jamais eu la chance d’expérimenter autrement.

« C’est le travail où j’ai eu à être la plus créative dans ma vie et c’est extraordinaire. Ce sont toutes mes idées que je dois mettre en place et structurer. C’est super trippant et de voir le résultat…wow jamais je n’abandonnerais ça! »

« Dans la dernière année on a généré 1 million de demandes de prix. Ma petite plateforme avec presque pas de clients…on a généré 1 million de demandes de prix! On fait 20 200 demandes de prix par semaine. Alors, moi quand je me lève le matin, je fais comme Moi j’ai créé ça? C’est un sentiment de fierté incroyable. »

 

Ne plus être toute seule

Caroline s’est lancée en affaires toute seule, ce qui est aussi un grand défi à relever. On ne peut pas être expert dans tous les domaines et c’est une des raisons qui pousse les entrepreneurs à aller se chercher de l’accompagnement:

« Ce que je trouvais difficile, c’est le nombre de sphères qu’il faut maîtriser, connaître et aborder en entrepreneuriat. »

Elle admet qu’elle a songé à abandonner, l’idée lui a effleuré l’esprit dans des moments plus difficiles :

« Honnêtement, si je n’avais pas eu Espace-inc, au moment où je suis rentré, j’aurais peut-être eu le goût d’abandonner. Il y a eu un moment donné où la vague était un peu trop grosse pour une personne seule et juste le fait d’être entourée un peu et de jaser et d’avoir les coachs, ça m’a fait tenir bon… Parce que des fois, il faut juste tenir bon quelques semaines et les affaires s’arrangent, mais si tu ne tiens pas bon là, c’est là que c’est fini. Si j’avais été encore seule dans mon bateau et que je n’avais pas Espace-inc et bien peut-être que j’aurais arrêté. »

 

Joindre une cohorte et sentir qu’on fait partie de quelque chose

Lorsque nous avons proposé à Caroline de joindre la cohorte Impulsion en 2019, elle a accepté sans hésitation :

« J’ai sauté là-dessus à pieds joints! Oui, je veux de l’accompagnement! Je n’avais pas de CRM, c’était un Excel. À un moment donné le cerveau veut juste t’éclater parce que tu as pleins de petits systèmes partout. C’est juste trop de gestion donc, oui, j’avais besoin d’accompagnement. »

Caroline a été jumelée à un coach et entrepreneur en série, Daleyne Guay, qui a pu l’aider à mettre le focus sur les bonnes choses et reprendre son souffle un peu :

« L’accompagnement d’Espace-inc, quand j’ai commencé avec vous, ça m’a redonné des ailes. Genre, je ne me sens plus toute seule. Il y a des gens intéressés à m’aider. Ça m’a donné le boost que j’avais besoin juste pour tougher encore un bout et continuer à apprendre. »

Caroline avoue avoir eu à s’adapter à l’accompagnement intensif d’Espace-inc :

« Des fois, j’ai trouvé ça épeurant parce que tu as des coachs, mais il faut que tu captes de l’information et que tu en prennes des gorgées de la rivière! Par moment, c’est épeurant et tu te dis que toute cette rivière-là est peut-être un peu grosse pour toi, mais en même temps tu as maintenant ce bassin qui n’existait pas avant. »

Malgré ses craintes, Caroline a fait preuve de résilience, une qualité que son Lead coach, Daleyne, a reconnu. C’est très motivant pour lui de travailler avec une entrepreneure comme elle qui veut réellement résoudre le problème de son client et qui ne s’écroule pas sous la pression :

« J’ai la chance d’aider Caroline dans son démarrage et la croissance de Elenco-Réseau Construction.  Caroline est une battante. Elle n’abandonne pas à la première occasion.  La chose qui lui tient le plus à cœur est d’offrir une solution technologique de grande qualité qui répond à des problèmes concrets.  La preuve est que ses clients lui sont très fidèles. »

 

Avoir des associés, mais pas vraiment.

Nos coachs ont réellement à cœur d’aider les entrepreneurs à gravir des échelons de façon concrète et pour ce faire, ils n’hésitent pas à se salir les mains avec eux :

« C’est quasiment comme si j’avais maintenant des associés qui ne sont pas mes associés. »

Caroline m’explique qu’avec ses coachs, elle a appris à savoir-faire. Elle me raconte des anecdotes pour m’expliquer comment elle a amélioré ses pitchs de ventes et sa comptabilité :

« Daleyne est embarqué dans son auto. Il est venu avec moi. On est allé faire des démos chez des clients. Il s’est présenté comme mon employé, mon assistant, mon n’importe quoi. Il m’a écouté faire des démos, puis après ça on a réévalué mes démos. On est vraiment les deux mains dedans… On ne m’a pas dit ta comptabilité, tu devrais faire ça et ça. Non, Sandra s’est connectée et elle m’a monté un début de Budgeto. On l’a fait ensemble. C’est vraiment super concret. »

 

Se fixer des objectifs

Caroline a travaillé d’arrache-pied dans la dernière année et ne compte pas se reposer dans un futur rapproché. Avec son coach, elle s’est fixé des objectifs à atteindre pour 2021 et elle est très motivée à les atteindre :

« Vendre, uniquement vendre. C’est vraiment notre prochain target. On veut augmenter à 150 clients chez les entrepreneurs généraux et 300 chez les entrepreneurs spécialisés, ce qui est un gros défi. Ce ne sont pas des petits objectifs. On les a mis hauts exprès parce que j’aime ça la pression. On est en train de mettre tout en place pour les atteindre et développer une marque forte de par tous nos partenariats avec les différentes associations de la construction. En fait, on veut se positionner comme des leaders dans le marché. »

« Je suis en train d’appeler toutes les associations de la construction. Association de systèmes intérieurs, toiture, maçonnerie, isolation… et je développe des partenariats avec tous ces gens-là. »

 

Améliorer ses outils et ses processus pour être plus performant

Il va de soi que l’amélioration continue des processus internes d’une entreprise contribue grandement à son succès. Le but est toujours d’être le plus efficient possible, mais ce n’est pas toujours simple:

« Au début, quand tu commences en entreprise et que tu n’as pas les sous pour tout mettre en place et bien tu commences avec des affaires qui ne coûtent pas chers. Par contre, à un moment donné, il faut que tu fasses le level suivant parce que tu ne peux pas suivre la parade dans ces conditions-là. »

En plus de mettre en place son premier CRM, Caroline travaille actuellement à optimiser son processus de vente et développer une image de marque forte:

« Dans la dernière année, on n’avait pas du tout de publicité, de marketing et de web. La première année, on a fait vraiment du cold call (…) c’est super dur comme vente, mais là il fallait automatiser un peu notre processus de vente. Je ne pouvais pas être derrière chaque vente. Avec mon coach, justement, on a mis en place des systèmes qui font en sorte que mon client peut maintenant payer directement sur mon site web et se faire un accès. On a commencé à mettre en place une stratégie marketing, une vraie! On a commencé à développer des infolettres. »

 

Petit train va loin

En 3 ans, Caroline a démontré qu’avec beaucoup de volonté, de résilience et une bonne couche de naïveté, un entrepreneur peut bâtir une entreprise viable à potentiel de croissance.  Comme elle le mentionne, elle n’y est pas arrivée seule. Elle est allée chercher les ressources pour bien s’entourer. Par contre, je peux vous dire qu’elle y est pour beaucoup. Ça ne prend que quelques minutes de conversation avec elle pour constater que cette femme est une vraie force de la nature…énergique, passionnée, intelligente avec un sens des affaires aiguisé. Elle ne laisse pas sa place et pour cause. Elenco c’est son bébé et elle compte bien le voir grandir jusqu’à ce qu’il puisse se passer d’elle.

 

Caroline, merci pour l’entretien…. J’aurais pu en écrire bien plus encore avec la générosité dont tu as fait preuve. Ce fut un plaisir de discuter avec toi.

 

Entrevue et rédaction par :
Amélia Bourbonnais (Coordonnatrice administrative – Espace-inc)

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